Contes soudanais recueillis par Viviane-Amina Yagi
juil. 22, 2012, with Comments: 0
Fatna Essemha
Introduction:
Dans cette partie je propose pour votre intérêt de lecture un petit recueil de contes que j’estime intéressants. Ces contes sont tirés des livres sur les contes soudanais écrits par Viviane Amina YAGI, professeur à l’Université de Khartoum. Depuis très long temp Mme YAGI s’intéressait à la littérature orale du pays et à son Histoire. Pour collecter ses recueils de contes, elle est allée à l’écoute des vieilles femmes qu’elle rencontrait. Ses contes sont transcrits tels qu’ils sont transmis de bouche à oreille. Le style de contage présente beaucoup de traits de la culture soudanaise, en plus des scènes de vie réelles et des actes du langage courant. Les explications des mots exotiques sont marqués dans le conte par une couleur différente.
Extrait – Fatna essemha
Fatna la Belle ramassait du bois avec six jeunes filles quand la nuit les surprit. Elles virent deux feux au loin, l’un grand et l’autre petit. Toutes s’écrièrent à la fois : “Allons vers le grand feu !”. Elles coururent et coururent encore. Quand elles arrivèrent au grand feu, elles trouvèrent près de lui l’ogresse des ogresses qui arrachait un arbre pour allumer le feu. Toutes les jeunes filles lui dirent : “Salut, ô vieille grand-mère, mère des paroles permises, mère aux narines comme le kôz ! “. Elle rit et montra ses vilaines canines en disant : “Je vous souhaite la bienvenue ! Dieu vous a amenées! Il amènera vos parents!”. L’ogresse broya un os et en fit une bouillie, puis elle se mit à faire une kissra épaisse. Elle sortit ensuite de son antre une grande calebasse et s’arrêta assez loin. Elle pressa son sein droit et dit: “Viens! Viens ma chèvre rouge!”. Du lait jaune coula de son sein. Elle pressa son sein gauche et dit: “Viens! Viens ma chèvre noire!”. Du lait rouge coula de son deuxième sein. Elle dit ensuite : “Viens! Viens ma chèvre blanche!”. Du lait vert coula de son premier sein. Ensuite elle cria : “Viens! Viens ma chèvre rousse!”. Du lait noir coula de son deuxième sein. Elle apporta la calebasse pleine et versa ce lait sur la kisra d’os. Elle appela les jeunes filles et leur dit “Mangez, ô jeunes filles!”.
Les jeunes filles savaient que le kisra était fait des os et que le lait coloré venait des seins de l’ogresse. Elles avaient très peur et chacune d’elles, e, recevant la nourriture de l’ogresse, se mit à creuser un trou sous ses pieds et enterra la bouchée. Il y avait parmi les jeunes filles une qui s’appelait Mariam, qui se mit à manger à pleine bouche et les autres jeunes filles la pinçaient et lui disaient : “Ne mange pas, tu manges du sang !”. Et Mariam disait de sa voix grasseyante : “O grand-mère l’ogresse, regarde ces filles-là, elles veulent m’empêcher de manger!”. Mariam mangea jusqu’à à ce qu’elle fut rassasiée et dit : “O grand-mère, donne-moi de l’eau !”. Les autres jeunes filles dirent : “Grand-mère nous voulons, nous aussi, de l’eau !”. L’ogresse dit : “Je vous apporterai de l’eau du fleuve, mais comment saurai-je que vous ne partirez pas de ce lieu ?”. Fatna la belle dit : “O grand-mère, prends cette corde et attache chacune d’entre nous à un de ses bouts. Attache ensuite la corde au piquet et traîne-la avec toi vers le fleuve. Si nous partons, tu le sauras au même instant”. L’ogresse rit et dit : “C’est une bonne idée !”. Elle attacha chacune des jeunes filles au bout de la corde et celle-ci au piquet. Elle saisit le reste de la corde et dit : “Je traînerai ce reste avec moi et si une d’entre vous part, je le saurai !”. Les jeunes filles lui dirent : “O grand-mère, nous ne buvons que dans un godet de noria non cuit, dans un bol en bon état et dans un filet”. Les jeunes filles voulaient par cela retarder l’ogresse dans le puisage de l’eau. Quant à Mariam elle dit : “Je boirai l’eau de la cruche !”.
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