Pour Salva Kiir, la libération du Soudan du Sud
juil. 11, 2012, with Comments: 0
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Source depuis JUBA: Reuters- Le président sud-soudanais Salva Kiir a promis de s’attaquer à la corruption qui ronge le Soudan du Sud un an après son indépendance, ajoutant que l’économie du pays devait encore être “libérée” de sa dépendance aux puissances étrangères.
Coiffé de son habituel chapeau noir, Salva Kiir s’est adressé à une assemblée de dignitaires et à une foule en liesse pour célébrer le premier anniversaire de l’indépendance du pays, après sa sécession avec la République du Soudan en vertu d’un accord de paix datant de 2005 qui a mis fin à des décennies de guerre civile.
Deux hélicoptères arborant des drapeaux rouges, verts et noirs aux couleurs du pays ont survolé la foule de milliers de personnes rassemblée sous un soleil de plomb à Juba, la capitale, pour assister aux cérémonies. Chars, lance-roquettes et infanterie ont défilé devant eux.
En dépit de l’enthousiasme suscité par cet anniversaire, de nombreux habitants attendent toujours une amélioration de leur niveau de vie promise par le gouvernement après douze mois marqués par des violences avec Khartoum, en raison notamment de contentieux liés au pétrole.
“Ensemble nous marchons dans le pays de la liberté”, peut-on lire sur un immense panneau près de l’aéroport, où l’on voit le président Salva Kiir aux côtés du vice-président Riek Machar.
INFLATION
Le Soudan du Sud a acquis son indépendance après une guerre civile qui a fait près de deux millions de morts lors des deux dernières décennies. Mais la liesse qui avait accompagné la proclamation d’indépendance du pays le 9 juillet 2011 semble bien loin désormais.
Le gouvernement central peine à établir des institutions et à afficher son autorité dans le vaste territoire.
L’inflation galopante frappe les habitants depuis janvier, date du début de la crise pétrolière avec Khartoum.
Juba et Khartoum ont été au bord d’une guerre ouverte en mai lorsque les forces sudistes ont occupé la région pétrolière de Heglig avant de l’évacuer face aux pressions internationales.
En janvier, le Soudan du Sud, qui ne dispose d’aucun accès à la mer, a stoppé sa production pétrolière, se privant de fait de 98 % de ses revenus en raison d’une querelle avec le Soudan sur les modalités d’utilisation des oléoducs et autres infrastructures permettant d’exporter le pétrole brut via le nord.
Dans son discours, Salva Kiir a inclus l’économie du pays comme partie prenante de la lutte de “libération” plus large menée par le Soudan du Sud. “Nous dépendons encore des autres. Notre liberté aujourd’hui n’est pas encore totale. Nous devons être plus que libérés. Nous devons être indépendants économiquement”, a-t-il lancé à la foule.
Les espoirs suscités par l’indépendance se heurtent désormais aux difficultés économiques et à une corruption généralisée dans ce pays de 8,6 millions d’habitants.
PAS DE PLAN B
“A présent, nous avons même du mal à nous procurer les produits de base”, explique une fonctionnaire, bloquée dans un embouteillage, où l’on distingue quelques voitures de luxe.
“Nous avons donné au gouvernement de nombreuses responsabilités, lui permettant de prendre des décisions pour nous, mais ils ne font aucune consultation. Ils ont fermé le robinet du pétrole sans rien nous dire et ils n’avaient aucun plan B”, peste-t-elle.
Preuve des difficultés du pays en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, Salva Kiir a indiqué en juin que des responsables sud-soudanais avaient “volé” près de quatre milliards de dollars dans les caisses de l’Etat.
Le parti au pouvoir, le Mouvement de libération du peuple soudanais (MLPS), est constitué essentiellement d’anciens rebelles qui avaient pris les armes contre Khartoum.
“S’il y a quatre milliards de dollars en dehors du pays et s’ils nous demandent des pennies, pourquoi est-ce qu’ils ne rendent pas cet argent d’abord”, s’interroge Tong Albino Akot, entrepreneur.
Le président a promis dans son discours de mettre un terme à de tels abus. “Ce gouvernement ne tolérera pas ce que l’on appelle la corruption”, a-t-il annoncé.
Le pays devrait aussi réduire son gouvernement et cherche à développer des sources alternatives aux revenus pétroliers, incluant une série d’impôts et “une infrastructure pétrolière alternative”, a ajouté Salva Kiir.
Il a également annoncé que le pays avait commencé à travailler sur une petite raffinerie située dans la région du Haut-Nil. “Cela résoudra une partie de nos problèmes même si cela ne résoudra pas tous nos problèmes”, a-t-il assuré.
Avec l’indépendance du Soudan du Sud, Khartoum a perdu trois quarts de ses ressources en or noir. Les habitants sud-soudanais espéraient que les milliards de dollars issus des revenus pétroliers allaient pouvoir améliorer leur quotidien, dans un pays où seulement un quart des adultes sait lire et où l’espérance de vie ne dépasse pas les 50 ans.



