Une histoire d’amour fou pour YOUNIS EL AMIN – Soudan Comment devient-on francophone au Soudan

Je remercie beaucoup la langue française de m’avoir permis de renforcer mon caractère d’homme libre et libéré. Je la remercie aussi parce qu’elle m’a permis de mieux connaître  et de mieux aimer la société soudanaise avec laquelle j’ai des liens privilégiés et réfléchis.

Cependant, c’est le hasard qui a voulu que Younis tombe amoureux de cette belle langue.

En effet, je prenais un taxi collectif venant de Khartoum Nord vers le centre de Khartoum en 1968. Dans ce taxi, deux hommes parlaient des bourses que la France offrait au Soudan. L’un disait à l’autre qu’il n’y avait aucun candidat. Moi, comme tout soudanais ayant des parents « cousins », j’étais sur la liste de départ pour l’université de Leeds en Angleterre (sciences naturelles).

A l’école, comme au lycée, tout bon élève apprenait par cœur « The best in Britain is the best in the world ».

Malgré cette affirmation à laquelle j’adhérais, je me suis présenté le lendemain au Bureau de la Formation à l’étranger.

Le directeur de ce prestigieux bureau voulait à tout prix savoir où j’avais appris ou entendu parler des ces bourses « françaises ». Personne n’était capable ou prêt à avouer que ce genre d’information pouvait circuler dans ces « lieux populaires » que sont les taxis collectifs.

Zahra, ma mère, nous interdisait de mentir quelle que soit la situation (ou les conséquences, ou les risques). Donc, Younis a dévoilé toute la vérité, toute nue…Mais, à ma grande surprise, le directeur m’a informé que c’était lui-même l’auteur de cet acte « dangereux ». Cependant il n’arrivait pas à comprendre comment un petit fils de la famille ELNOUR osait refuser d’aller en Angleterre. Mais devant une détermination reconnue des villageois de Touti où je suis né, il a fini par accepter et comprendre que c’était mon choix et un bon choix en réalité.

A mon arrivée en France, en août 1968, je suis devenu le protégé de nombreuses personnes, hommes et femmes : Georges Zask, Rémy Porquier, Robert Galisson et d’autres encore appartenant à divers horizons et nationalités.

J’ai passé de belles années au CLAB et à l’université de Besançon : licence et maîtrise en 1973- et j’ai participé à plusieurs stages de formation. Puis, en 1975, on m’a demandé fermement d’aller à Paris III où mon sujet de thèse m’attendait chez Robert Galisson (de la démocratie « dirigée », « guidée » !).

A Paris, j’ai obtenu mon troisième cycle en 1979, le stage long du BELC et le nouveau doctorat (unique en 1990). J’ai assisté aussi à des stages de didactique au CREDIF et au British Council et ailleurs (même en Provence).

A mon retour dans mon pays bien aimé, Ghislaine Maurry, Emile Bessete, Pierre Alexandre m’ont initié à la vie associative en français.

A l’époque, en 1981, j’étais très occupé par mes cours mais aussi par les activités de notre syndicat de professeurs de l’Université de Khartoum que nous avions créé malgré la farouche opposition des autorités politiques. Mais, mes nouveaux protecteurs cités plus haut ont fini par me convaincre par leurs idées pertinentes et militantes.

C’est ainsi que j’ai été élu président fondateur de l’Association Soudanaise des Enseignants de Français : ASEF (1982) et élu aussi Président fondateur de l’APFA. Cette commission africaine de la FIPF s’appelait : Association of French Teachers in Africa (AFTA). Mais, à Khartoum, nous avons organisé une fête pour lui accorder son vrai sigle de l’APFA – elle a été créée par 5 pays – dits anglophones !)

Mes nouvelles responsabilités au sein de l’APFA et de la FIPF (membre du C.A) m’ont ouvert des portes, des chemins….et m’ont conduit à élaborer et à établir des contacts amicaux et fructueux avec des personnalités, des institutions, des instituts français, francophones et internationaux.

C’est ainsi que je suis arrivé à avoir 2 passeports : mon passeport soudanais qui me pose parfois des problèmes injustifiés et injustifiables ( !) et mon second – que je peux qualifier de laissez-passer francophone – qui m’a permis de participer pratiquement à toutes les activités organisées dans le cadre de la francophonie :

- Québec : 1984- 1989

- Afrique : plusieurs fois (Togo, Egypte, Sénégal, Ile Maurice)

- Europe : France, Suisse, Grèce)

- Asie : Inde, Japon.

C’est-à-dire dans tous les continents et dans les pays dont un villageois soudanais n’avait pas le droit d’entendre parler.

A part les domaines scientifiques, didactiques et touristiques, ma connaissance de la langue française et mon laissez passer francophone m’ont permis :

- d’assister à la remise de la Coupe des Nations Européennes (1984) avec Michel Platini comme maître d’orchestre de ces matches.

- d’être témoin de l’élection d’un grand homme francophone M. Issa Hayatou à la tête de la Confédération Africaine de football (CAF) lors de la CAN organisée au Maroc en 1988.

Puis les dieux et la France m’ont invité à assister au Mondial de 1998. Et pour la deuxième fois, j’étais présent quand le maître Zidane a participé pleinement à la victoire française au titre du plus prestigieux événement dans le football mondial (la Coupe du Monde).

Je ne dois pas oublier de parler dans ce paragraphe des personnalités telles que Tigana, Michel Hidalgo et Aimé Jacquet.

En plus des portes des stades et des victoires françaises, mon laissez passer m’a permis de connaître et de fréquenter de nombreux journalistes français, francophones et internationaux. J’ai le plaisir de dire que je suis depuis 1984 le correspondant de RFI et ami de Gérard Dreyfus pour Afrique sport (carte de presse SDN 4108 (UIPF). Je suis aussi fier de dire, et de le dire à haute voix, que je suis un ami de Eric Rouleau, Jean Guerras et du journal Le Monde dans ses deux versions , pour  Le Monde diplomatique , et pour le quotidien Le Monde.

Puis-je faire une conclusion ?

Je ne le pense pas car un vrai amour n’a ni fin, ni limite. Cela dure toute une vie et même au-delà de cette vie.

Pourtant je me plais à dire que je suis l’élève éternel de l’université française tout en restant aussi un enfant de Touti où on apprend à nager en nous jetant directement dans le Nil où l’eau est profonde, naturelle et authentique – des qualités auxquelles je m’attache beaucoup.

Je vous remercie beaucoup

A bientôt

Younis El Amin

Palmes académiques de chevalier en 1988,

d’officier 1998, et de commandeur en 2006

Président de l’Association d’Amitié Soudan France

Filed Under: Rubrique du jour

Envoyer cet Article Envoyer cet Article | Imprimer cet Article Imprimer cet Article



RSSComments (0)

Trackback URL





Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *


*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>